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Exposition présentée au Grand Palais, Galeries nationales, 23 mars 2011 – 20 juin 2011

Cette exposition est organisée par la Rmn-Grand Palais, le musée d’Orsay et la communauté d’agglomération de Montpellier/ musée Fabre, Montpellier. Elle est réalisée avec le concours exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France.

Elle sera présentée au musée Fabre de Montpellier du 7 juillet au 16 octobre 2011.

Contemporain des impressionnistes (il participera en 1886 à la dernière exposition du groupe), Odilon Redon (Bordeaux 1840 – Paris 1916) demeure comme le grand artiste du mystère et du subconscient en une époque qui était surtout éprise de réel et d’objectivité. L’un des principaux acteurs de l’art au tournant des XIXe et XXe siècles, il a joué un rôle essentiel dans la genèse du symbolisme, notamment par ses fusains et ses lithographies (les célèbres Noirs) avant d’être admiré pour ses pastels et ses tableaux par les jeunes peintres de la couleur, Nabis et Fauves. Il sera ensuite considéré comme l’un des précurseurs du surréalisme.

L’exposition des Galeries nationales représente une véritable redécouverte de cet artiste. Quelques grandes monographies lui ont été récemment consacrées à l’étranger (Chicago et Londres, 1994 ; Francfort, 2007), mais cette rétrospective est la première organisée à Paris depuis celle de l’Orangerie en 1956. Elle repose sur l’étude de nombreux documents inédits qui permettent d’éclairer l’œuvre de Redon d’une lumière nouvelle, et notamment sur l’exploitation systématique de son « livre de raison » (Paris, Bibliothèque littéraire Jacques Doucet), dans lequel l’artiste a consigné le titre et la date de ses œuvres. Celui-ci sera présenté dans l’exposition et publié en annexe au catalogue.

Quelque 170 peintures, pastels, fusains et dessins, dont plusieurs inédits, ainsi que, grâce au concours exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France, un ensemble très important de l’œuvre gravé et lithographié (environ 100 estampes) composeront un parcours chronologique qui s’attachera à mettre en évidence l’évolution stylistique et thématique de Redon, depuis l’époque angoissée des Noirs jusqu’à la profusion colorée de ses dernières œuvres, selon une progression de l’ombre vers la lumière. Pour la première fois, le grand décor mural réalisé par l’artiste pour son mécène Robert de Domecy sera reconstitué dans sa disposition et ses dimensions originales. Les travaux de Redon dans le domaine des arts décoratifs seront également présentés grâce à des prêts importants du Mobilier national.

On peut distinguer dans l’évolution stylistique de l’artiste, qui demeure cependant d’une grande continuité, trois périodes que le parcours de l’exposition reflètera :

1. Des débuts à 1890 :

De la jeunesse de Redon et de son apprentissage de l’eau-forte auprès du mystérieux Rodolphe Bresdin (1822-1885) à Bordeaux, jusqu’à l’éclosion du monde des Noirs (fusains, lithographies) qui lui vaudront à partir de son premier recueil lithographique (Dans le Rêve, 1879) une notoriété dans le symbolisme naissant, notamment auprès du monde littéraire : Joris-Karl Huysmans (1848-1907) lui rend hommage dans son célèbre roman À rebours (1884), dont le héros, archétype du décadent raffiné, collectionne Redon avec passion. Darwin et le mystère des origines du monde, mais aussi les somptuosités macabres d’Edgar Poe ou de Goya, sont alors les références de l’artiste, dont les lithographies doivent leur extraordinaire beauté à une technique accomplie et à des noirs veloutés qui dit-on resteront inégalés.

2. De 1890 à la fin du siècle :

C’est l’époque où s’opère progressivement une transposition dans la couleur de la thématique onirique jusque là réservée à l’univers des Noirs. Yeux clos (1890, Paris, Musée d’Orsay), dont il existe à la fois une version peinte et une version lithographiée, marque la charnière à partir de laquelle Redon aborde la couleur dans un esprit nouveau. Il s’adonne avec une originalité absolue au pastel, dont il demeurera avec Degas l’un des plus grands maîtres. Il devient l’un des protagonistes du symbolisme, fréquente Mallarmé et Gauguin.

3. Redon au XXe siècle :

Après 1899, Redon abandonne la lithographie et le fusain. LesNoirs font place à une couleur rutilante que l’artiste aborde dans des œuvres au format de plus en plus grand. Les thèmes mythologiques, les bouquets de fleurs éclatants que se disputent les collectionneurs, marquent une sérénité nouvelle. C’est durant cette période que Redon réalise quelques-uns des grands décors qui comptent au nombre des chefs-d’œuvre méconnus du XXe siècle, dont celui de l’Abbaye de Fontfroide, exceptionnellement accessible durant la présentation de l’exposition au Musée Fabre de Montpellier à l’été 2010. Bonnard, Vuillard, Matisse et les Fauves lui rendent alors hommage, tandis qu’il amorce à la fin de sa vie une collaboration avec la Manufacture des Gobelins, pour laquelle il réalise des cartons.

source : rmn.fr

« Lorsque je produisais autrefois des dessins et des lithographies, et que je publiais celles-ci, j’ai reçu bien des fois des lettres d’inconnus me disant leur attachement à cet art, et me révélant une émotion exaltée. Un d’eux m’avouait avoir été touché jusqu’aux sentiments religieux et en avoir reçu la foi. Je ne sais si l’art a de tels pouvoirs ; mais j’ai dû, dès lors, envisager moi-même avec plus d’égards certains de mes travaux, et particulièrement ceux que j’exécutais naguère à des heures de tristesse, de douleur, et pour cette raison-là plus expressifs sans doute. La tristesse, quand elle est sans cause, est peut-être une ferveur secrète, une sorte d’oraison que l’on dirait, confusément, pour quelque office, dans l’inconnu. »

Odilon REDON, dans une conférence faite en Hollande à l’occasion d’une exposition de ses œuvres (janvier 1913).

Paru dans À soi-même, notes sur la vie, l’art et les artistes

 

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